RÉSUMÉ D'ÉTAPE

A l’épreuve des cartes

Étape 3 DAR KAOUA  

Pour cette nouvelle journée, une surprise s’est glissée dans les cartes des concurrentes…

Le plateau sableux du départ de l’étape trois déroule un paysage sans obstacles apparents. Le tracé idéal de cette troisième journée affiche 110 kilomètres. Mais ça, c’est sans compter le cadeau des organisateurs pour célébrer cette 35ème édition du Rallye Aïcha des Gazelles du Maroc : un plan sans aucune indication sur le relief pour quatre CP, sur les neuf que compte l’étape. « C’est comme y aller les yeux fermés, on va devoir tâtonner pour découvrir le terrain et s’orienter malgré le manque d’informations » résume Célia de la team 39 , au volant de son quad. « C’est sûr que ça va nous demander plus de temps », complète Alexia, l’une des deux employées de commerce suisse de l’équipage 101 . Concrètement, pas de carte au 1/100 000 m avec laquelle les filles ont l’habitude de s’orienter, mais au 1/250 000 m. Un exercice peu commun proposé par Ludo, le directeur de course, pour explorer « toutes les facettes de la navigation et du travail sur les plans. »

Face aux obstacles, s’élancer ou contourner

Le Maroc offre aux concurrentes l’un de ses décors de Western. Des plaines couleur ocre, constellées de rocaille et de buissons épineux. Du haut des tertres – des monticules de terre au sommet plat – on aperçoit les crevasses et les oueds qui parsèment l’horizon. Les corses de l’équipage 162 prévoient d’aller doucement sur ce terrain cassant. Pour elles, la matinée a commencé par un tankage. « Mais j’ai eu tellement peur dans les dunes hier que je pars sans pression. Au moins, là, on peut contourner ! », se rassure Émeline.

Face aux obstacles, les stratégies diffèrent, selon l’expérience et les caractères. Devant une pente raide, la conductrice de la team 31 , Géraldine, s’assure de l’adhérence au sol avant d’engager son buggy. « Il faut faire attention à ce que les roues arrière ne partent pas en travers et entraînent le véhicule en tonneaux », explique cette mordue de SSV, qui vient plusieurs fois par an au Maroc pour pratiquer. Chaque mètre est bon à gagner pour atteindre le podium. Derrière, Laura la pilote de la 32 hésite devant un franchissement. « Je ne le sens pas. On est jour 3, la route est longue jusqu’à l’arrivée. Je préfère préserver la machine plutôt que de prendre le risque. » Le long du chemin, les choux-fleurs compliquent l’avancée des participantes. Ces plantes basses, parmi les seules à subsister dans le désert lors des périodes les plus arides, sont dures comme la pierre et peuvent endommager les voitures qui les franchissent trop vite.

Assistance mécanique à la rescousse

CP 5, quelques tensions affleurent. Au soleil de midi, la navigation complique la tâche des binômes, même les plus aguerris. Malgré ses 11 Rallye des Gazelles, Karima, deuxième sur le podium l’an dernier avec sa coéquipière Anne-Marie, reste vigilante. « La carte nous déstabilise, même avec notre expérience. Est ce qu’on a bien posé, est ce qu’on va passer ? Tu restes toujours avec le doute… »

Quelques kilomètres plus loin, la team 131 est à l’arrêt. La faute à un amortisseur cassé. « Les dunettes de ce matin lui ont donné le coup de grâce. La mécanique devrait pouvoir le réparer pour repartir. » En cas de problème automobile, les équipages peuvent faire appel à l’assistance : dix-huit mécaniciens présents chaque jour sur le terrain, en plus des quarante-cinq qui travaillent sur le bivouac. « Ce que l’on fait le plus, ce sont les détankages, les changements d’amortisseurs et tout ce qui est lié à l’avant de la voiture qui prend pas mal de chocs. » liste Pierre-Romain, présent sur le Rallye Aïcha des Gazelles depuis seize ans. Il arrive que les bénévoles dorment dehors, en cas de dépannage tardif ou lointain. « Ce qui me plaît, c’est voir l’équipe repartir. On ne laisse pas tomber les filles : on répare autant qu’on peut même si parfois, le problème est trop grave pour intervenir. » L’équipage 146 a moins de chance. Leur 4×4 manque de puissance. « C’est compliqué là. Les dunes hier c’était pas possible, on a dû revenir au bivouac. Aujourd’hui la voiture broute, elle n’avance pas…On essaye de rester positives mais c’est dur.»

Mesurer sa chance

Sur le campement, les premières arrivées peuvent enfin souffler. Bérénice de l’équipage 235 , qui alterne avec sa binôme entre conduite et navigation, fait le point sur les premières journées. « On progresse au quotidien, on a tapé un CP de plus qu’hier. Faire cette course c’est apprendre à ne pas baisser les bras, à se réorienter quand on se perd. C’est une vraie fierté, c’est ce que j’étais venue chercher. » Virginie, la comptable de la team 201 , prend la mesure de sa chance. « Passer à côté des camps de bédouins, qui vivent ici avec leurs troupeaux, nous fait réaliser la chance que l’on a de vivre où l’on vit. Et de partager cette aventure. »

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