RÉSUMÉ D'ÉTAPE

Deuxième étape marathon, la fin de l’aventure

Étape 6 OULAD DRISS-FOUM ZGUID  

Dernier morceau de désert pour les binômes, avec cette sixième étape marathon jusque dans les dunes de Chegaga. Le retour au bivouac sonne la fin de l’aventure mais il marque aussi le début de quelque chose de grand : l’appartenance à la famille Gazelles.

Ce mercredi matin, le soleil rasant dessine les contours du Djebel Bani. En ce septième jour de course, les Gazelles partent pour 230 kilomètres, direction Foum Zguid dans le sud du Maroc. Pour l’équipage 108 , la journée commence par un croisement de ponts dans les creux qui bordent le bivouac – soit deux roues diamétralement opposées décollées simultanément du sol. « Ça va, on a pas pelleté ! » Au premier CP, quelques binômes SSV vérifient ensemble leur cap et les points sur la carte. Anaïs, chirurgien dentaire de la team 40 , est confiante. « La voiture va bien, ma pilote aussi, on va continuer à se concentrer jusqu’au bout. » Ce que la Gazelle redoute le plus, c’est le vent annoncé pour l’après midi. « Avec nos véhicules ouverts, on prend tout dans la figure. Remarque, ça fera un gommage, on aura la peau douce ! »

Ce qu’elles sont venues chercher

Le SSV de la team 36 , l’équipage de primo-participantes avoue sa fatigue. « C’est dur, c’est très prenant. Je voulais tester mes limites, celles que l’on ne voit plus quand on est plongée dans le quotidien. Je vois que je peux encore faire de belles choses », apprécie Cécile, la niçoise. Sa coéquipière, Valérie, voulait savoir ce qui se passerait une fois sortie de sa zone de confort. « Tu t’occupes de ton job, de ta famille… Comment tu réagis dans un univers qui n’est pas du tout le tien ? Pour l’instant j’ai du mal à prendre du recul, à voir ce que cette aventure va m’apporter. Je suis trop dans la course. A presque 55 ans, je voulais aussi tester mon physique. De ce côté-là, tout va bien ! »

Dans la team 125 , Florence tient aussi. A 37 ans, cette responsable de lieu de réception a quelque chose à se prouver. « Je passe par toutes les émotions, la crainte, la joie, les pleurs … J’ai eu des crises d’angoisse pendant la première épreuve marathon et finalement, je reprends le dessus. Ma conclusion c’est de m’écouter, de me faire confiance. D’arrêter de toujours demander l’avis des autres. »

Tempête de sable

Vers l’ouest, le paysage déroule ses pistes de sable et de caillasse. La course a le goût de la poussière. Dans le nez, la bouche, sous les ongles, poussière. Dans l’air, sous les vêtements, poussière. La chaleur grimpe, la route semble interminable jusqu’à ce que … L’équipage 149 s’arrête brusquement. Une erreur de cap leur offre leur premier troupeau d’autruches ! « On en a jamais vu que dans un zoo ou dans un élevage. Regardez les griffes sur les pattes, elles sont énormes ! » Plus loin sur le parcours, c’est une gazelle, une vraie, qui se laisse apercevoir.

Pour d’autres, l’après-midi ressemble à un long chemin de croix. Le vent s’est levé, emportant avec lui la concentration des plus fatiguées. Ici, l’une a perdu son gilet, contenant ses papiers d’identité. Là, un binôme a égaré ses cartes. « Elles sont à l’entrée des dunes, le suivi entre équipages est autorisé. A la sortie par contre, il comptera comme une pénalité. Elles peuvent aussi tenter de redessiner les cartes à la main si elles veulent jouer la gagne », résume Alberto, l’un des pilotes médias. Les rafales compliquent l’exercice. Les nuages bas, les mini tornades, et les buissons secs qui roulent façon western donne à la plaine des airs de fin du monde. « On s’adapte mais c’est difficile. Le sable rentre partout dans l’habitacle… La nuit dans les dunes, ça va être la misère », prédit la team 218 .

Une dernière nuit dans le désert

A Chegaga, les filles entrent dans l’erg. Nouveauté cette année, comme à Merzouga, elles peuvent choisir entre trois parcours, les X, les Y et les Z. Pour l’équipage 34 , en tête de la catégorie Quad et SSV, le X – les dunes les plus ardues – ne fait pas débat. Le vent ? « On prend notre repère et on y va vite. C’est fatiguant mais pas dérangeant. On a eu bien plus fort l’an dernier, on n’y voyait pas à deux mètres. » Le conseil de Betty, 20 Rallye des Gazelles et plusieurs fois championne sur son quad : « Il faut rester calme et relativiser. Si tu ne vois plus rien, tu ne bouges plus. Ça finit toujours par retomber. » Pour leur premier X, la team 142 reste prudente : « C’est une fierté pour nous. Dans l’idéal, on aimerait ne pas se planter pour éviter de sortir la pelle, d’y passer trois heures et d’arriver au CP dans le noir ! » Quelques kilomètres dans l’erg peuvent parfois se transformer en véritable enfer.

Sur les hauteurs, le vent est retombé. Par grappes, les équipages se sont installés, les tentes bien accrochées près de la balise 6. Chez les deux anciennes de la team 238 , l’apéro est prêt : « ce soir, on ne se met pas la pression, ni de timing. On prend le temps de discuter, de découvrir la vie des autres… » Autour d’un verre de vin, l’équipage 132 se dit soulagé d’être arrivé avant la nuit. L’une a acheté son 4×4 dans le garage de l’autre et au passage, l’a embarquée dans son aventure. Sarah est émue, elle dit avoir beaucoup appris auprès de Sylvie, sa coéquipière. Ce que je vais garder ce soir, c’est ce moment de plénitude, à deux, sous les étoiles. » Un morceau de Maroc à garder en soi, pour très longtemps…

Derniers kilomètres

Jeudi, près de Foum-Zguid, les Gazelles bouclent le dernier kilomètre Pour ce huitième et dernier jour de course, il leur aura fallu sortir des dunes, traverser les abords du lac Iriqui dans le sud du Royaume et longer les montagnes du petit M’daouer, avant de rejoindre le bivouac et de passer l’arche qui marque la fin de leur voyage. Sur la ligne d’arrivée, l’équipage 101 est en pleurs. « On y est, c’est si fort ! On est toutes les trois entières, la voiture et nous deux. On a pas sorti les pelles, sauf pour aider les copines, on a pas crevé… on pensait pas arriver jusqu’au bout, et si ! »

A l’entrée du bivouac, les concurrentes sont accueillies par les organisateurs pour la remise de médailles. La suissesse Alix de la team 22 la reçoit pour la première fois. « C’est un soulagement de se dire qu’on l’a fait. J’ai du mal à réaliser que c’est terminé. » Dans son 4×4, Sophie, se dit que finalement, elle en aurait bien repris pour quelques jours. « La fin tombe pile quand j’ai enfin mes repères ! » Avec Annabelle, sa coéquipière de l’équipage 223 , elles saluent « la solidarité, l’entraide entre les filles » qui leur ont permis d’aller jusqu’au bout. Stéphanie, l’architecte d’intérieur de la team 163 , cherche encore ses mots pour exprimer ces neufs jours d’intensité pure. « C’était à la fois bien plus facile et tellement plus dur que ce que j’imaginais. La cadence, la concentration, l’acharnement que l’on met à finir… c’était fou !» Tout simplement …

PARTAGER