Première étape marathon, une nouvelle surprise à la carte
Les distances se creusent entre les équipages. Pour ces jours 4 et 5 de l’étape OCP, les Gazelles qui jouent la gagne commencent à compter les kilomètres pour espérer monter sur le podium. Les autres profitent de l’expérience unique de la marathon, leur première nuit en solitaire dans le désert marocain.
Elles y prennent goût, comme les autres ! Sur la ligne de départ de ce dimanche de Pâques, près de Rissani, les journalistes de l’équipage 219 , Nora et Nathalie, sont remontées à bloc : « On a envie de faire mieux qu’hier, de ne rien lâcher. Évidemment qu’on se prend au jeu du classement et que l’on va tout faire pour remonter ! » Le départ de cette étape marathon marque la moitié du parcours. Si tout est encore possible, l’écart commence à se réduire entre les têtes de course. Chez les 4×4, l’équipage 252 de Karima et Anne-Marie ne compte que 9,89 mètres de plus que le tracé idéal. Juste derrière, la team 198 de Jawhara et Dounia déjà deux fois gagnantes du Rallye Aïcha des Gazelles est à 11,09 m. « Le niveau monte d’année en année, c’est challengeant. Avant, on comptait les kilomètres entre nous, maintenant on en est aux mètres », reconnaît l’opticienne, qui participe à sa sixième course, quand sa mère rempile une dix-huitième fois.
Nouveauté cette année, tout peut basculer jusqu’au dernier moment sur le classement général avec le « power stage », un bonus donné aux meilleures de certaines étapes. Les mieux classées se voient retirer trois kilomètres au total de la distance déjà parcourue, les secondes deux kilomètres et les troisième enlèvent un kilomètre. De quoi rajouter un peu de piquant à cette 35ème édition anniversaire !
Carte blanche
CP1, les voitures s’engagent dans une plaine entourée de collines. Le sol est piqueté de petites fleurs jaunes, le résultat des derniers jours de pluie tombée juste avant le début de la course. « Trouver des fleurs dans le désert, ça n’est vraiment pas commun ! Le paysage est incroyable, tout est inédit pour nous », s’émerveille le binôme de l’équipage 214 . Pour en profiter, Margot et Nolwenn alternent les postes à tour de rôle : « La navigatrice a les yeux sur sa boussole et ses cartes, la conductrice a plus de temps pour profiter du décor. »
Balise suivante, l’équipage 169 fait le point sur le trajet. Aujourd’hui, nouvelle surprise : c’est une carte en partie blanche qui s’est glissée dans les plans fournis par l’organisation. « Regarde, en plein milieu de la carte je n’ai rien, cette partie a été effacée. On ne sait pas ce que l’on a comme relief sur les dix prochains kilomètres », explique Eve-Carolyn. Ne reste alors plus qu’à tracer au cap, en espérant éviter les obstacles. « Comme si ça n’était pas déjà assez difficile », murmure la Gazelle, qui revient pour la seconde fois prendre sa revanche après un abandon technique l’an dernier. Faute d’indications précises pour se repérer, les vérifications sont plus fréquentes. « Il faut recaper plus souvent et à intervalles plus courtes », analysent les deux bretonnes de la team 228 . « On dévie pas mal mais c’est magnifique. Le désert est imprévisible : parfois, tu fais 100 mètres et tu ne vois plus rien. Le soleil joue sur l’horizon, les formes se confondent … Il faut vraiment rester concentrées ! »
Commissaires de course
Pour éviter la triche, plusieurs commissaires de course se relayent sur le parcours, pour contrôler binômes et véhicules. Laura, six fois Gazelle avant d’être bénévole, assure la fouille au corps pendant que son collègue s’occupe de regarder la voiture. « On s’assurer que les concurrentes ne transportent pas de jumelles, de montre connectée ou de GPS. On rappelle aussi les règles aux primo-participantes, à qui il arrive de rouler ensemble au début, plus par crainte de se perdre que pour tricher », détaille-t-elle.
Si se suivre est interdit sauf dans les dunes, l’entraide, elle, est fortement encouragée. Autour d’un des véhicules électriques de la course, trois équipages s’affairent pour aider les normandes de la team 306 . « On a sanglé le pot d’échappement qui s’est détaché et du coup, on ne peut plus ouvrir le coffre où sont nos plaques et la pelle. Notre boussole s’est décrochée, on doit la tenir à la main. C’est vraiment pas notre journée… » Impossible de s’en sortir sans l’aide des autres. Et même si parfois, ça crie un peu, ça s’agace, le collectif finit toujours par payer. « On se met parfois dans des situations impossibles et là, l’esprit de groupe est primordial. Quand il y a des tensions, le fait d’avoir d’autres Gazelles avec soi donne un peu d’oxygène. C’est rassurant et bienveillant », selon Sandra, de l’équipage 206 dont c’est le premier Rallye des Gazelles.
Première nuit sous les étoiles
Pour cette soirée d’étape en autonomie, les concurrentes plantent leur tente hors du bivouac. Au soleil couchant du CP 5, l‘équipage 158 , Ophélie et Alexandra, apprécie de voir arriver d’autres participantes. « C’est rassurant de se sentir entourées pour cette nouvelle expérience. » Leur souhait pour la nuit ? « Dormir plus ! » A mi-parcours du Rallye Aïcha des Gazelles du Maroc, la fatigue commence à tirer et le traditionnel réveil de Dominique Serra, la créatrice de la course, ne semble pas manquer aux filles !
« Bivouaquer ici permet de faire une vraie pause. On est moins speed que sur le campement, on respire », apprécient les anciennes Gazelles de l’équipage 176 Chantal et Carole, de retour pour un deuxième et troisième Rallye des Gazelles. « On a retrouvé d’anciens binômes de notre précédente aventure. Les liens qui se créent entre nous sont très forts. »
Sous les étoiles, certaines sortent le champagne et le foie gras. D’autres, le ukulélé. Cette soirée a des airs de relâche. Séverine, la cheffe d’entreprise de la team 174 , joue du klaxon à la sonnerie particulièrement musicale. « C’est mon plaisir mais il est comme moi, un peu enroué à force de crier ! » Le concert ne durera pas : vers 22h, les Gazelles rejoignent leur tente. Les kilomètres sont encore nombreux d’ici la fin de cette quatrième étape.
Toucher ses limites, savoir s’arrêter
Cette deuxième matinée de course commence bien pour le duo de l’équipage 226 , avec la validation de leur CP 7. La nuit dernière, Séverine, infirmière et Zoë, coiffeuse, ont choisi de dormir à l’écart des groupes, pour mieux récupérer. « Le sommeil, c’est la clé de la sécurité. Sans lui, tu fais des erreurs de cap et tu finis par te perdre. » Pour leur deuxième fois ensemble, mère et fille avouent cette fois se laisser embarquer par le classement. « On a toujours envie de mieux faire, de grappiller des places, oui. Mais on sait aussi s’arrêter : même si on fait du 4×4 le reste de l’année, nous ne sommes pas pilotes professionnelles. Pour nous, le Rallye des Gazelles doit rester un amusement, sans que le stress prenne le dessus. On s’arrête quand on sent que l’on atteint la limite et que l’on risque de se mettre en danger. »
En route, le moral peut vite changer. Quand on les croise, les participantes de l’équipage 175 sont tout sourire. « Mais ce matin, c’était vraiment dur. Il fallait valider notre CP avant sa fermeture, à midi. Sinon, nous étions hors course pour le reste de la journée. » Les plaines de cette cinquième étape n’aident pas. « De loin, une montagne ressemble à une montagne… Le paysage est difficile à reconnaître. » D’autres endroits sont plus faciles. Dans la dépression de Tafenna – une curiosité géographique aux allures de cratère de météorite – la piste est marquée. Les Gazelles n’ont qu’à descendre… à condition de ne pas crever sur les pierres cassantes qui recouvrent le chemin.
A la nuit tombée, les 149 découvrent enfin le bivouac d’Oulad Driss, le deuxième de la course, avec la satisfaction de rentrer la voiture entière et l’excitation de découvrir un nouveau terrain de jeu. « Il faut se faire confiance : on remet parfois en question des choses qui sont finalement très logique. » Leur objectif ? « Finir la course et arriver jusqu’à la douche d’Essaouira. Pour l ‘instant, c’est un mirage ! » Patience … Il reste encore une paire de kilomètres avant d’atteindre la ligne d’arrivée !











































